Étiquette : mépris

Au fil des pages avec Célèbre

J’ai lu Célèbre de Maud Ventura (éd. L’Iconoclaste, août 2024, 540 pages), un roman contemporain dans lequel la narratrice, Cléo Louvent désormais âgée de 32 ans, star mondiale de la chanson passe trois semaines sur une île déserte au milieu de l’océan Pacifique, dans des conditions rustiques et en totale déconnexion avec le monde extérieur. C’est l’occasion de se remémorer sa vie et de créer de nouvelles chansons pour son prochain album. Depuis l’enfance, la jeune femme, fille franco-américaine d’universitaires n’a qu’une idée en tête: devenir célèbre et y parviendra à ses 25 ans, après avoir quitté Paris pour s’installer aux États-Unis. 

Certes, la jeune femme est détestable, méprisante et arrogante, avec un ego surdimensionné mais elle est également tout en contradictions, cachant ses failles derrière une rigueur et une volonté à toute épreuve, affichant à ses fans une image souriante et humaine qui se veut naturelle, alors que tout est calculé, chaque geste ou mot prononcé étant un moyen d’assouvir son désir de célébrité qui tourne à l’obsession, s’immisçant en elle comme un poison ou une drogue qui la déshumanise et l’isole de son entourage. En effet, derrière le visage officielle de la chanteuse, elle se révèle bien calculatrice et sans âme à l’égard de celles et ceux qu’elle n’estiment pas à sa hauteur ou qui ne peuvent la servir à son ascension ou encore à l’égard de ses assistantes qu’elle rabaisse sans cesse.

Alors qu’elle se convainc de sa supériorité tout en s’automutilant à chaque fois qu’elle considère avoir échoué ou ne pas avoir fait assez dans ses concerts ou interviews, elle devient elle-même un pur produit du star system, ne sachant plus qui elle est véritablement, derrière tous les mensonges inventés au fil des années. Plus sa notoriété grandit, plus elle est victime de son succès, se renfermant de plus en plus sur elle tout en s’énervant et s’emportant de plus en plus facilement, réduite à n’être qu’un simple objet entre les mains de ses employés ou de ses fans, au point de croire que tout acte de sa part pourra rester impuni. L’écart entre la réalité et son ressenti ne fait alors que se creuser. Peut-on véritablement tout maîtriser? Un peu de lâcher-prise ne pourrait-il pas lui être salvateur?

Un bon voire très bon moment de lecture avec ce roman satirique voire plutôt tout en ironie, la réalité étant chez certaines « célébrités » proche de ce portrait dressé sans concessions par l’autrice ou en tout cas de ce qu’on peut s’en faire, la superficialité et la popularité devenant prioritaires sur la vérité, l’intimité et le bonheur! Un passage du roman m’a rappelé une interview de Lili-Rose Depp en décembre dernier lorsqu’elle fait découvrir à Jimmy Fallon, lors de la promotion du film Nosferatu, l’expression française « Il y a anguille sous roche ». Cela m’a fait également à bien d’autres personnes connues, que ce soit dans la musique ou le cinéma, ce qui n’est pas fortuit, comme l’explique l’autrice à la fin du livre. 

Pour d’autres avis: Estelle, Eimelle et Sandrine

Au fil des pages avec Le petit coq tout nu

En ce week-end de Pâques, nous lisons Le petit coq tout nu de Chih-Yuan Chen (éd. Casterman Jeunesse, 2008), un album jeunesse à partir de 3 ans pour changer des histoires sur les poules ou sur les chasses aux œufs en chocolat. Un petit coq naît sans plumes, ce qui le rend bien triste. Un jour, il rencontre au bord de l’eau quatre coqs recouverts de magnifiques plumes qui s’apprêtent à monter dans leur bateau. Le petit coq tout nu souhaiterait les accompagner et jouer avec eux. Mais les quatre autres coqs le traitent avec mépris jusqu’à ce que le petit coq tout nu revienne couvert de saletés et qu’il soit perçu comme un coq avec un beau plumage. Et s’ils étaient tous plus semblables qu’il n’y paraît? Et si les apparences étaient trompeuses?

Avec des illustrations aux traits ronds et rigolotes, l’auteur aborde avec humour le vivre ensemble, le regard de l’autre, la différence et l’acceptation de soi. Il n’est parfois pas simple de se faire accepter par ses pairs pris dans leurs propres préjugés et de se faire des amis. Un bon moment de lecture avec ce conte à la jolie couverture pleine page et la belle page de garde! D’ailleurs, qu’il soit tout nu ou non, ce petit coq a une bonne bouille attachante.

Participation #32 au Challenge Contes & Légendes 2021 de Bidib #Conte moderne

Challenge Petit Bac d’Enna #7 Catégorie Animal « Coq »

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