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Au fil des pages avec Panorama

Attirée par le résumé de la quatrième de couverture, j’ai lu Panorama de Lilia Hassaine (éd. Gallimard, août 2023, 240 pages), un court roman policier contre-utopique dans lequel la narratrice quinquagénaire, Hélène Dubern, ancienne commissaire de police devenue gardienne de protection, revient sur l’enquête policière qu’elle a menée avec son collègue Nico après la disparition des époux Royer-Dumas et de leur fils Milo, âgé de 8 ans, le 17 novembre 2049. Cette disparition inquiétante est devenue rarissime dans une France où la Transparence s’est imposée, suite à une révolution en 2029, après la Revenge Week au cours de laquelle des individus se sont faits eux-même justice et en se vengeant, en tant que victimes, des coupables impunis, face au laxisme et inaction de la Justice. Que leur est-il arrivé?

Mais j’ai été déçue par ma lecture, le format court du roman jouant peut-être en sa défaveur et l’autrice accumulant les clichés, tirant un peu trop, à mon goût, sur des thématiques actuelles poussées à leur extrême (durcissement de la justice pénale des mineurs, omniprésence des réseaux sociaux au point que la Justice passe par des tribunaux populaires et médiatiques, consentement sexuel avec l’utilisation de lit-sarcophage, éducation bienveillante à l’école, culture générale nivelée par le bas, présence constante du regard d’autrui et jugement des autres à travers le système des voisins vigilants…).

Cette Transparence renvoie au débat somme toute classique sécurité/liberté, la paix sociale semblant être possible avec cette vie surexposée sous verre, la transparence servant de vecteur pour éviter tout débordement et instaurer la sécurité sociale, pour celles et ceux qui acceptent de vivre dans ces quartiers sécurisés et communautaires, chacun se regroupant par affinités. Cela m’a d’ailleurs fait penser à ce qui s’est passé avec l’arrivée de l’éclairage public qui a fait déplacer la délinquance à d’autres endroits, comme avec l’installation des caméras de surveillance devenue, depuis pour une meilleure acceptation, des caméras de vidéoprotection ou bien encore, l’installation des bancs anti-SDF dans les centres villes…

Au fil de son enquête, Hélène remet en question son propre choix de vie, comme celui d’avoir voulu habiter dans un quartier de maisons en verre, certes moins huppé que celui des disparus mais tout aussi intrusif, alors même que l’époux disparu venait des Grillons, un quartier « à l’ancienne », avec des murs dans lequel vivent et même s’entassent celles et ceux qui ont refusé la transparence ou en ont été exclus car trop pauvres ou malades ou bien encore son mariage avec un mari infidèle avant l’arrivée de la Transparence…

J’aurai apprécié plus de profondeur et de nuances dans les personnages et dans la description de ces villes en verre. Tout reste malheureusement trop superficiel, à la surface des faits et des sentiments de chacun, la dernière partie de résolution de l’enquête étant même truffée d’invraisemblances, les gardiens de protection ayant perdu toute perspicacité et compétences pour enquêter correctement, la police étant devenue inutile en 20 ans. Ce roman vaut donc surtout pour la description de ce monde futuriste (d’anticipation ou contre-utopique?) dans lequel règne la transparence devenue norme au mépris de l’intimité et du respect de la vie privée, sans pour autant avoir fait disparaître tout acte délinquantiel, de  nouvelles formes de harcèlement et d’inégalités sociales, sans répit pour les victimes, ayant vu le jour.

Pour d’autres avis sur ce roman: Ingannmic et Kathel

Pause ciné: Laapataa Ladies

J’ai regardé Laapataa Ladies, un film indien réalisé en 2023 par Kiran Rao et sorti en mars 2024, ayant accroché au pitch de départ, deux épouses échangées par erreur alors qu’elles se rendent dans leur belle-famille respective, étant voilées et portant les mêmes vêtements traditionnels de noces.

En 2001, quelque part dans l’Inde rurale, Deepak Kumar, un agriculteur, vient de se marier avec Phool Kumari. Sur le chemin du retour dans son village natal, ils ne sont pas les seuls jeunes mariés dans le train bondé. Alors qu’ils arrivent en pleine nuit à leur destination, le jeune homme ne fait pas attention quand il réveille son épouse, prenant la femme d’un autre marié, Pradeep, pour la sienne. S’inquiétant pour son épouse dont il est épris et malgré le risque d’humiliation et ses réticences bien légitimes à se rendre au poste de police, il part déclarer la disparition de Phool auprès de du chef-policier corrompu Shyam Manohar qui voit là l’occasion de se faire de l’argent avec l’épouse échangée qui a donné un faux nom, Pushpa Rani et non Jaya Tripathi Singh. Tout va-t-il pouvoir rentrer dans l’ordre?

Il y est ainsi question de la condition de la femme dans l’Inde rurale, en particulier des jeunes filles encore très souvent mariées avant leur 18 ans qui est pourtant l’âge légal en Inde pour les femmes (et 21 ans pour les hommes). J’ai trouvé Nitanshi Goel, la jeune comédienne âgée à l’époque du tournage de 16 ans, convaincante (tout comme les autres comédiens) dans son rôle d’épouse adolescente perdue sur le quai de gare, ne connaissant pas le nom du village de Deepak et qui s’émancipe et ne baisse pas les bras, pensant toujours possible de retrouver son mari et se découvrant bien plus forte et indépendante qu’elle ne le pensait. Elle est le pendant de Jaya qui a vu l’occasion d’échapper à un mariage imposé par sa mère à un homme violent alors que son rêve était de poursuivre des études. Il y est donc aussi question d’accès à l’éducation pour les femmes, d’émancipation féminine et de violences conjugales, dans une société indienne rurale encore très patriarcale et sous le poids écrasant de coutumes familiales et religieuses.

D’autre part, il est aussi question de la corruption et de la violence au sein de la police. Le personnage du policier est parfaitement représentatif de cette situation dénoncée dans le film et qui pourtant encore bien actuelle en Inde, nonobstant le côté grotesque de son personnage et de ses subordonnés, notamment lorsqu’il tente de percer à jour la véritable identité de Jaya.

En effet, malgré les thèmes abordés, ce film n’est pas dénué d’humour bien au contraire, venant en contrepied des moments vécus par les protagonistes, comme la musique. Cela m’a d’ailleurs fait penser à l’humour si particulier d’Emir Kusturica, en particulier à son film Chat noir, chat blanc sorti en 1998. Certes, la fin du film apparaît sans doute trop joyeuse et optimiste mais elle ne dénote pas avec le ton donné. Un très bon moment de visionnage avec cette comédie dramatique rocambolesque, drôle et pourtant socialement réaliste! Pour un petit aperçu, j’ai mis la bande-annonce.

Pour la petite anecdote pop culture, j’ai rigolé en voyant un neveu de Deepak jouer à Snake, sur le Nokia appartenant à Jaya, l’histoire se déroulant en 2001, bien avant l’arrivée des smartphones.

J’ai enfin visionné de nombreux passages gourmands, que ce soit par exemple le stand de thé tenu par Manju Mai sur le quai de la gare où Phool a trouvé refuge ou les repas préparés par la mère de Deepak…

Participation #1 Challenge Les Étapes Indiennes 2025 de Hilde #Film

Participation #4 Challenge Des livres (et des écrans) en cuisine 2025 de Bidib et Fondant #Cuisine indienne

Au fil des pages avec Un Noël à la campagne

Comme depuis désormais quelques années avec les copinautes, Syl et Isabelle, j’ai lu en lecture commune avec elles Un Noël à la campagne d’Anne Perry éd. 10/18, n°6023, novembre 2024, 186 pages), un court roman policier de Noël se déroulant à quelques jours de Noël et à l’approche du nouveau siècle (le XXe).

Dans ce nouvel opus spécial Noël d’Anne Perry (sans doute le dernier, celui-ci ayant été publié à titre posthume), nous retrouvons la grand-mère paternelle de Charlotte Pitt, Mariah Elison, une veuve désormais âgée de plus de 80 ans, qui se rend à St-Helens, un petit village dans la campagne anglaise, dans le comté de Dorset, fêter Noël chez une amie de longue date, Sadie Alsop et son mari. Mais dès son arrivée, elle ne peut séjourner chez eux, Sadie ayant disparu sans que cela n’inquiète plus que cela son mari qui l’accueille très froidement. Bien décidée à retrouver son amie, Mariah commence à enquêter, venant à douter des intentions de son amie et se sentant bien différente d’elle et de ce qu’elle était autrefois. Sadie s’est-elle enfuie d’un mari violent? A-t-elle été enlevée? Est-elle morte?

J’ai apprécié ce court roman qui fait la part belle à l’esprit de Noël et aux bons sentiments ainsi que la prise de conscience de Mariah Elison et ses regrets ou remords sur sa vie passée, n’ayant pas réussi à se libérer des carcans et pressions familiales et sociétales, contrairement à sa petite fille qui a fait fi des convenances sociales imposées aux femmes de son époque en faisant preuve de bien plus de courage qu’elle. Et si elle y réussissait finalement dans ses dernières années de vie? Son personnage a bien évolué depuis que je l’avais découvert dans le premier tome de la série « Charlotte et Thomas Pitt », L’étrangleur de Cater Street d’Anne Perry (éd. France Loisirs, janvier 1998, 382 pages).

J’ai également apprécié les deux personnages secondaires qui viennent aider Mariah, Gwendolyn Cooper, la sœur cadette d’Annabel et Oliver Mallard, le libraire du village, permettant à notre enquêtrice amatrice de faire le tri parmi les rumeurs et ragots circulant dans le village.

Il y est ainsi question de résilience, de seconde chance dans le choix de vie, d’amitié (parfois donnée à tort), de chantage, de faux-semblant, de condition de la femme à l’époque victorienne… En effet, l’autrice se questionne cette fois-ci non pas à qui accordé son amour mais son amitié.  Alors, certes, comme souvent, il y a des longueurs et des redites dans le récit d’Anne Perry mais j’ai passé un bon moment de lecture!

Pour d’autres avis sur cette lecture de Noël: Isabelle, Syl, Bianca

Participation #5 Challenge Il était 12 fois Noël de Chicky Poo et Samarian #Roman policier de Noël

Participation #4 Challenge Christmas Time 2024 de MyaRosa #Roman policier de Noël

Participation # (Parcours littéraire) Challenge Le tour du monde en 80 livres 2024 de Bidib #Royaume-Uni

Participation # Challenge British Mysteries 2024 de Lou et Hilde #Roman policier de Noël

Au fil des pages avec Désenchantées

Ayant apprécié un de ses romans précédents, Ainsi gèlent les bulles de savon, j’ai lu cet été, en e-book, Désenchantées de Marie Vareille (éd. Charleston, mars 2023, 312 pages), un roman à suspense contemporain se déroulant dans les années 2010, 20 ans après la disparition inquiétante de Sarah Leroy, alors âgée de 15 ans, une des 4 adolescentes surnommées les « Désenchantées » avec Angélique, Morgane et Jasmine.

Au décès de sa mère, Fanny, la sœur d’Angélique, retourne dans son village natal, Bouville-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, sa responsable lui confiant une enquête journalistique sur l’affaire Sarah Leroy, le coupable devant être libéré prochainement. C’est bien à contrecœur que la jeune femme se retrouve à enquêter, accompagnée de sa belle-fille, Lilou qui s’est imposée comme stagiaire lycéenne et dont les rapports avec elle sont conflictuels. Son passé s’entrechoque avec sa vie actuelle. Qu’a-t-elle caché lors la disparition de Sarah pour protéger sa sœur Angélique de poursuites judiciaires?

Ce qui est arrivé à Sarah était-ce une fugue? Un suicide? Un meurtre? Que pouvait cacher cette adolescente timide et sans histoires qui en-dehors du lycée passaient son temps à la piscine, au sein d’une famille recomposée, son père s’étant très vite remariée au décès de sa mère avec Iris qui avait elle-même deux garçons, Eric, de 5 ans son aîné et Benjamin du même âge qu’elle? Ayant perdu tout espoir et n’obtenant le soutien d’aucun adulte qui ne voit pas sa souffrance vécue ou ne veut pas l’entendre, comme sa belle-mère qui la maltraite, pouvait-elle se confier à ses amies? Devant l’insoutenable, comment y survivre et ne pas laisser son agresseur impuni?

Il y est question d’adolescence dans les années 90 (ce qui a donné un côté nostalgique à cette lecture), d’amitié, de deuil, de famille recomposée, de maternité, de résilience sous fond de thriller… La structure du roman est similaire à celui que j’avais précédemment lu de l’autrice, donnant la voix à chacune des Désenchantées et également à la sœur aînée d’Angélique, Fanny et entrecoupées des documents de travail de l’affaire Sarah Leroy de 1992 à 1995. Les allers-retours entre passé et présent accentuent les répercussions sur la vie de celles qui ont « survécu » à l’affaire Sarah Leroy. Très vite, on est pris dans l’engrenage sans espoir dans lequel se sont enfermées les adolescentes.

Tout au long de ma lecture j’ai d’ailleurs eu en tête la chanson de Mylène Farmer même si la fin de ce roman n’est pas aussi sombre que celui du clip-vidéo. Un bon voire très bon moment de lecture même si j’avais repéré bien vite le twist final et que cela aurait sans doute été plus percutant avec une fin moins feel-good au vu des thèmes abordés!

Challenge Petit Bac d’Enna #5 Catégorie Adjectif: « Désenchantées »

Au fil des pages avec L’affaire Crystal Singer

J’ai lu L’affaire Crystal Singer d’Ethan Chataignier (éd. Albin Michel, coll. Imaginaire, octobre 2023, 288 pages), roman d’uchronie se déroulant sur plus d’une décennie, entre les années 60 et 70, aux États-Unis, le narrateur, Rick Hayworth, ne pouvant oublier la seule femme qui l’aime, Crystal Singer. Ensemble, avec Ronnie, Otis et Priya trois autres étudiants en mathématiques du MIT, ils avaient réussi à envoyer, en 1960, dans le désert de l’Arizona, au bord de la route 66, la bonne réponse aux martiens à la dernière équation envoyée 30 ans plus tôt, Albert Einstein ayant échoué à résoudre l’équation ayant trait à la relativité. La communication avec Mars était alors repartie mais très vite, la jeune femme de 24 ans avait disparu, laissant derrière elle Rick, son petit ami de 28 ans inconsolable.

Il y est ainsi question de vie extraterrestre, de mathématiques, d’astronomie, de musique mais surtout d’une quête désespérée d’un amour perdu, Crystal Singer s’étant laissée submerger par la réponse à la dernière énigme martienne sur l’entropie et le Curieux Langage, faisant fi de sa propre existence et au détriment de sa propre santé mentale et physique. La persévérance et l’espoir fou de Rick lui permettront-il de la retrouver?

Le roman est bavard à l’image du personnage principal qui a mis également sa propre existence en arrêt ou plus exactement ne vivant qu’à travers son passé, que ce soit sa relation vis-à-vis de son père qui est décédé sans qu’il ne puisse se réconcilier avec lui ou que ce soit sa relation avec Crystal dont il n’arrive pas à se remettre. Toute sa vie est consacrée à la retrouver, encore plus lorsqu’il apprend l’existence de sa fille, désormais âgée de 12 ans et qu’il part à la recherche des personnes qui ont entretenu, comme lui, une correspondance épistolaire décousue. Outre la communication avec les martiens, il est avant tout question de communication entre humains, la distance qu’elle peut créer entre eux et même en eux-mêmes, dans le difficile équilibre entre vie familiale et vie professionnelle. Rick se perd dans sa vie et sur la route, à l’instar de Crystal au point de questionner sur la nature humaine.

D’ailleurs, même si cela peut faire sens avec le caractère de Crystal et sert de rebondissement à l’intrigue, j’ai trouvé maladroit d’introduire l’existence cachée de leur fille et qu’elle n’ait pas été confiée à Rick plus tôt, surtout qu’il n’est pas fait mention d’un déni de grossesse et que Crystal a été victime d’un cambriolage, à la fin de sa grossesse, dont le procès a été médiatisé compte-tenu de sa célébrité.

Un bon moment de lecture avec ce premier roman à la première personne, à la fois bavard et nostalgique, un brin suranné (et donc quelques longueurs redondantes), profondément humain, au style introspectif et avec l’idée, certes pas nouvelle, d’une musicalité des mathématiques et de la vie en général!

Participation #1 Challenge marsien (autour de la planète Mars) – 2e édition de Ta d loi du cine, « squatter » chez Dasola

Challenge Petit Bac d’Enna #4 Catégorie Prénom : « Crystal »

Participation # (Parcours littéraire) Challenge Le tour du monde en 80 livres 2024 de Bidib #États-Unis

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